Radiant Housewife : trois ans après

Il y a tout juste trois ans je vous annonçais ici ma nouvelle vie, passage en mode cool après dix ans de boulot en mode « trop ». Le choix d’une pause pour voir davantage les zenfants parfaits, apprendre le chinois, avoir un rythme plus tranquille et être là tout simplement : difficile de mener de front deux carrières avec leurs deux plannings de réunion soumis au décalage horaire et leurs deux jeux de déplacements professionnels réguliers. Welcome Home donc, après plusieurs années de retours pour l’heure du coucher les bons jours, et joie des enfants à l’annonce de la nouvelle : « Super, tu es à la retraite ! … » Retraite je n’espère pas, même si cette pause pas faite pour durer se prolonge avec le choix d’un travail à la maison, pendant les horaires d’école et à 16h on remballe.

Ai-je regretté ma décision ? Pas une minute. Les enfants sont beaucoup plus épanouis (pas toujours facile d’être l’un des trois seuls enfants dont la mère travaille sur une classe de 25 à Pékin, le jour de la sortie scolaire où toutes les autres mamans pointent présentes par exemple) et nous avons le temps d’en profiter le soir et de faire les devoirs tranquillement avant de sortir prendre l’air de la rivière ( en français les devoirs, ce n’est donc pas la nounou chinoise qui pourrait aider si je n’étais pas là). Mon chinois s’est amélioré par trois semestres à l’université où j’ai rajeuni de dix ans, je lis, fais du sport et me suis même mise à la cuisine, ce qui était loin d’être gagné.

Est-ce que c’est une situation facile ? Oui et non.
Certes, c’est un bonheur d’avoir pu profiter de ma grossesse, de m’occuper de Ptitprince toute la journée sans avoir le couperet de la fin de congé mat en perspective, de récupérer les grands au bus le soir, prendre deux mois de vacances l’été, vivre en jeans et avouons le, m’installer régulièrement dans mon canap pour une heure de lecture le matin à peine la porte fermée sur deux loulous en sakado et un papa en cravate. J’apprécie à sa juste valeur la chance de pouvoir me permettre de faire un break et de mettre en place tranquillement mes prochaines activités, tout en ayant de l’aide à la maison pour les tâches ménagères. « Forcément t’es en Chine ». Oui, et on ne va pas refaire l’histoire ; en France je n’aurais probablement jamais eu ne serait-ce que l’idée d’arrêter de bosser.
Mais mieux vaut avoir bien réfléchi à la question et être très claire sur son choix avant de franchir le cap, puisque ta vie sociale fait une chute libre du jour au lendemain, en même temps que les regards extérieurs évoluent : tiens le toi pour dit mon amie, si tu ne bosse pas, si tu ne peux pas gagner d'argent parce que tu l'as décidé, bien souvent tu n’es pas grand chose. « Et vous madame, que faites vous ? » « I write my blog » « Ha. What exactly is a blog? »… Quand toutefois on te pose la question, puisqu’on ne s’imagine pas toujours sous nos tropiques que l’épouse décorative puisse avoir ou avoir eu un boulot. Même les copains s’égarent parfois : « Ha tu montes ta boite ? Saint-Jack va te faire ton business plan » . T’as déjà oublié qu’on a fait les mêmes études ? Même que parfois le soir on cause budget et compte d’ex, ça me fait une récré.
« I’m running my own business donc », voilà qui sonne mieux, même si ton business est de faire tes vitres ou tes courses chez Uniqlo. Au risque d’entendre comme ce matin au détour du portant shorts en jeans : « Alors, on dépense pendant que les maris travaillent ? ». De la bouche d’un homme of course.
Mais les pires, ma soeur, ce sont les femmes, enfin, certaines. A coup de remarques insidieuses, teintées de jalousie, mépris ou pestitude, épargnez moi les exemples. L’humour vous évitera alors d’être grossière : « Tu sais ce n’est pas si facile d’être en week-end tous les jours, je me suis encore fait une ampoule avec mes mini-palmes ». Impossible d’ouvrir un magazine féminin sans qu’on te cause indépendance ou états généraux de la femme et qu’on t’explique qu’une Vraie Femme, aujourd’hui, travaille. Souviens-toi comme ta grand-mère s’est battue pour avoir le droit de sortir de chez elle et avoir un compte en banque ;  tu en fais quoi de son combat, tu n’es pas féministe ? Si justement, c’est pourquoi je suis contre le principe du gros poste au salaire de stagiaire de fin d’études parce que tu comprends « on est en local on n’a pas tellement de budget, mais ton mari gagne bien sa vie non ? »  Malheureusement on y a presque toutes eu droit.
Fini les business trips en longs courriers donc, mais est-ce vraiment si pénible de profiter d’une petite semaine à Paris pour faire le tour des copines, ou d’intervenir en province sur un sujet en rapport avec la Chine devant un amphi tout ouies ? Peut-être pas aussi passionnant que de lire pour la douzième fois de suite une fraisi-histoire vers 19h30, mais intéressant quand même hein ? (Notons qu’avec le temps les fraisi-histoires mutent en « Malheurs de Sophie » ou « Petites Filles Modèles », et que là on s’éclate).

La Radiant Housewife attitude à l’étranger est finalement selon moi une question de timing. Difficile à vivre quand elle est subie, comme trop souvent en expatriation, mais une vraie chance quand elle est choisie, assumée, et à durée déterminée. Ou pas, à chacune de faire son choix.
Desperate Expates, Radiant Housewives ou vice-versa, qu’en pensez-vous ?

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Commentaires

Apres deux annees de « desperate expat » avec le role d’epouse decorative subi et non choisi, me voila de nouveau « radiant working girl » et ca me correspond mieux. Comme tu dis, payee une misere malgre des responsabilites parfois ecrasantes, mais je m’eclate !
Mais j’avoue, comme je te comprends aussi… Certains matins, je resterais bien avec le Titou en sirotant mon the et feuilletant mon Elle, avant de filer faire la pedicure de la semaine (passkeu la, mes orteils, c’est Verdun…).
La bizette, ma cops.

L’éternel débat entre working girl et housewife n’est pas prêt de s’arrêter. Pourquoi une femme ne pourrait-elle pas s’épanouir à la maison ? Pourquoi une autre ne s’éclaterait-elle pas dans son job ? Au final, c’est le regard des autres qui est difficile à assumer : quand on a un job avec des responsabilités, on passe pour la carriériste de service, qui ne s’occupe pas de ses enfants. Quand on gère un foyer, on n’a pas d’ambition, et dépendante de son mari.

Bien sûr que le top serait d’avoir 2 vies, mais faute de pouvoir le faire, j’ai pris mon parti de faire ce que j’ai envie et d’oublier les remarques et le qu’en dira-t-on.

Finalement, comme tu le dis, l’essentiel, c’est d’être bien dans sa tête, d’avoir un mode de vie qui correspond à ses envies. Peut-être qu’un jour moi aussi, je passerai de radiant working girl à radiant housewife…

Une petite question pour prolonger le débat : pourquoi les hommes ne se posent jamais ce type de question ? pourquoi ne se sentent-ils jamais fautifs de travailler toute une journée durant, et ne pas voir leurs enfants ?

Bises et bon voyage de retour

Le plus compique a admettre est de devenir a 100% socialement « l’epouse de » ou « la mere de » … Le remplacement d’un titre professionel par celui d’un familial. Un peu l’impression de voir son espace retrecir d’avantage, de se retrouver encore plus cantonne aux murs du foyer.
C’est vrai aussi que quand la transition est voulue, ou acceptee, la pilule passe mieux et la piqure d’agacement des premieres sorties sociales est moins douloureuse.

J’ai mis 6 mois avant d’arreter dire aux Pinatubo-people qu’au pays de la Tom-Yum je travaillais et que cette situation etait EXCEPTIONNELLE.
Maintenant, je traverse la periode inverse et extreme. Aux gens semi-apitoyes qui me demandent ce que je fais, je reponds droit ds les yeux et en rentrant le ventre (pr mieux bomber le torse) : « I live the life of leisure … it’s my husband who is working »
Ah ben oui … c’est plus difficile ensuite a l’interlocuteur condescendant de repondre : « oh moi, je ne sais pas si je pourrais … »
Ah ah !

Je n’ai pas le temps de lire les commentaires déjà postés, je reviendrai peut être pour continuer le débat, parce que ça me touche, tu peux pas t’imaginer à quel point. Ca fait 11 ans que je suis housewife, je n’ai jamais vraiment travaillé, à part au tout début quand mon mari était étudiant, et que c’était moi qui faisais bouillir la marmite, mais ça n’a pas duré longtemps et c’était des petits boulots pas bien épanouissants.
Bref, j’ai toujours été à la maison avec les enfants, dépendante financièrement.
Je me suis posé plein de questions pendant des années, sans doute beaucoup à cause des remarques, des regards extérieurs « et ça va tu ne t’ennuies pas ? » « Oh lala moi je ne pourrais pas faire ce que tu fais, quelle horreur »… sympa, merci, c’est ma vie…
Ces jugements m’ont fait sombrer dans une dépression pendant plusieurs années. Je n’ai jamais pour autant raccroché, je savais au fond de moi que je voulais rester à la maison, que c’était ce que moi, je voulais vraiment. Je n’étais pas assez forte pour résister à la pression sociale.
Aujourd’hui ce qui a changé, c’est que j’ai pris de la bouteille, et je suis comme un poisson dans l’eau avec tous mes bébés et mes tas de linge à plier ;-)
Les choses évoluent, on en reparle dans 5 ans et j’aurai peut être d’autres envies. En attendant, j’ai le luxe de pouvoir choisir, je le prends !
Je reviens dès que j’ai une minute, je n’ai pas tout dit !

Hummmm, working girl (presque fully épanouie!) je tire mon chapeau très très bas à ttes les housewives qui savent gèrer leur temps et sûrement pas moins bien que des chefs d’entreprise, directrices ou meneuses de projets dans la vie « active »…
Pendant mes congés mat’ (surtout le 3ème), j’ai larvé face au temps, incapable de m’occuper entre le départ et l’arrivée de mes petits lardons…alors je suis convaincue qu’être femme au foyer, c’est un vrai et beau métier! …Mais qui ne convient pas à tout le monde ;)
Mon étalon, lui, a fait le choix d’être le househusband de notre tribu et il ne laisserait sa place à personne sauf peut-être à qq peu qui lui lancent des réflexions machistes et acides…et dont un vrai petit moment  » à la maison » leur ferait réaliser ce à côté de quoi ils passent…et qui ne vaut pas moins qu’une croissance à 2 chiffres sur le bilan annuel ;)
Pour le full épanouissement,: femme-mère-épouse, je vote pour le travail à temps partiel!
La bisette « yes, we could »

J’ai eu la chance de pouvoir prendre un congé maternité d’un an pour mon 1er et je ne regrette pas cette décision. J’avais « peur » avant BB de m’ennuyer, de tourner en rond, de me sentir coupable face à mon mari pour « ne pas rapporter d’argent à la maison ». C’est vrai qu’au départ pas évident pour moi de ne pas me sentir coupable de sortir un peu, dépenser un peu d’argent pour un café avec les copines. Mais après coup quel travail (et 24/24 7/7 !) que mère au foyer. Les journées sont bien courtes. Je pense que le moment était le bon pour moi, je ne sais pas si quelques années avant j’aurais fait le même choix. Le fait de vivre dans un pays aussi où la position de la maman au foyer est privilégiée a aidé. En France je pense que l’idée de m’arrêter une année complète ne m’aurait pas traversé l’esprit ! J’essuie quelquefois des remarques (surtout de gens restés en France), mais c’est souvent de la jalousie ou des personnes qui vivent dans des situations financières/familiales bien différentes (papy-mamie tout près etc). Je songe à reprendre une activité, mais à mi-temps seulement. Bonne continuation à toi !

Bravo, Cousine.
Tu sais, M’man et moi, avons eu la chance de pouvoir , profiter de notre progéniture…. mêmes jours de congés, de vacances……
Enseignantes toutes les deux, c’est l’un des avantages……Nous sommes à la maison en même temps que nos enfants…..
Travail, certes épuisant……un salaire…PEUH !
mais; pas de déplacements extérieurs, des horaires réguliers…..
De toutes les façons, pour VOTRE RETRAITE……!
on n’y croit plus……
Alors, no souci……
Vis pour toi et ta jolie tribu, tu nous a fait trois magnifiques enfants, épanouis et c’est le plus important..NON?
je pense que beaucoup de jeunes mamans, ici en France aimeraient pouvoir avoir le choix…..
Bises et bon retour  » chez nous ».

Quand on vit la tete en bas, il est normal de s’arreter de travailler lorsqu’on a des enfants. C’est souvent la femme bien sur, c’est elle qui les fait. Mais les hommes sont aussi volontaires, ils sont moins nombreux certes, mais présents quand meme. Plusieurs facteurs expliquent cela : facile d’avoir un temps partiel ou travailler depuis la maison, le congé maternité vient de naitre, il a 6 mois ! Pas de pression pour retrouver du boulot après un long break, l’angoisse du chomage n’existe pas… L’ecole commence a 5 ans.
Quant à moi, je me suis éclatée a garder numero 2 pendant 1 an : il y a des tas de choses a faire ici avec les enfants.
Et maintenant, je me paye le luxe de reprendre des études.
j’ai bien conscience que je suis chanceuse !

Admirative des mamans au foyer, moi qui ait emmene ma (petite) tribu en expat pour MON boulot! Admirative de mon homme qui vient de faire 6 mois de Pere au foyer…et qui ne regrette rien, parce qu’il ne l’aurait jamais fait en France!
Les femmes expats ne sont pas encore majoritaires dans les familles, du coup, l’inverse est aussi agacant! POurquoi quand on rencontre de nouvelles personnes a SH, c’est tjs a mon homme qu’on demande ce qu’il fait? C’est d’ailleurs très drole la reaction de certains quand il dit que c’est sa femme qui bosse et lui qui a suivi!:-)
La vie, c’est une question de choix…le tout étant de les assumer et d’être heureux !

Chaud, chaud, chaud le sujet de ton billet!
Je suis d’accord avec ton point de vue. C’est à chaque femme de prendre SA décision en fonction des circonstances et de ses envies. Reste que dans le cas de l’expatriation, de nombreuses femmes et mères n’ont pas de vrai choix.
D’accord aussi avec le fait que les pires sont les autres femmes. Entre celles qui pensent que tu es à plaindre, celles qui pensent que tu te tournes les pouces toute la journée, et les autres pour qui tu as très certainement renoncé à toutes tes convictions féministes…Il faut vraiment apprendre à leur clouer le bec ou juste les ignorer.
En tout cas, je suis bien contente que tu aies fait le bon choix (pour toi)!

Quant à moi, je dois être bien pessimiste, mais je pense qu’il n’y a pas de situation idéale pour les mères. Même le temps partiel, je suis sceptique. En Suisse il est très répandu chez les femmes. Résultat elles bossent à l’extérieur, ramènent un petit salaire à la maison et se tappent toutes les tâches ménagères et la logistique liée à l’école et aux enfants. Pas sûre que cela soit la solution miracle. Mon idéal serait la vraie égalité et la vraie répartition des tâches et des responsabilités. Et cela commencerait peut-être par UNE pédiatre qui, à la sortie de la maternité, ne s’adresse plus seulement à la maman (en présence du papa) pour expliquer les soins à donner au nouveau né.

ps c’est quoi une fraisi-histoire?

Très bel article, si sincère, ça fait du bien.
Je n’ai pas encore été dans cette situation (quelques années manquent au compteur), mais je pense que le plus important, c’est d’assumer son choix, quel qu’il soit. Après ce qu’en pensent les gens… Faut s’en carrer! Car quoi que tu fasses, tu auras toujours des jaloux pour médire.
Plein de bonnes choses pour la suite, Radiant Housewife!

Je ne connais pas la situation d’expat ou de maman à la maison mais je pense qu’il faut apprécier chaque moment -situation- que la vie mets sur notre chemin, elles sont toutes enrichissantes!
Et moi j’apprécie beaucoup de lire ce blog alors je suis POUR la Radiant Housewife :-)

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